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Introduction à la problématique du sexisme en entreprise

En tant que psychologue du travail, je suis régulièrement confrontée aux récits douloureux de personnes ayant subi des agissements sexistes, des comportements hostiles (inappropriés) ainsi que du harcèlement moral et sexuel au travail. Non seulement ces comportements portent atteinte à l’intégrité et à la dignité des individus, mais ils peuvent également nuire gravement au climat et à la productivité au sein des organisations. Cet article vise à éclairer ces concepts, à sensibiliser sur leurs impacts et à proposer des stratégies de prévention et d’interventions efficaces.

Conséquences du sexisme, des comportements inappropriés et du harcèlement

Je vous propose de commencer par vous exposer les conséquences, car c’est ce qui me pousse à écrire cet article. Et nous verrons ensuite ce qu’il y a derrière “agissements sexistes”, “comportements hostiles / inappropriés” et “harcèlements”

Les agissements sexistes et comportements inappropriés ont de forts impacts sur les individus et les organisations

Les conséquences de tels comportements sont profondes. Sur le plan individuel, ils peuvent entraîner stress, anxiété, dépression, et même des troubles psychosomatiques. Sur le plan professionnel, ils engendrent souvent une baisse de motivation, une diminution de la productivité et une augmentation du taux d’absentéisme.

Pour les organisations, les coûts peuvent être significatifs, incluant non seulement des pertes de productivité, mais aussi des coûts légaux en cas de litiges, sans parler de l’atteinte à la réputation de l’entreprise.

D’après moi, conscientiser nos comportements, nos pensées, nos émotions est la chose la plus difficile à faire mais c’est les 3/4 du chemin. Le quart qui reste est le plus long : transformer.

SARAH A.

Les agissements sexistes et comportements inappropriés éloignent les gens du marché du travail

Je vois beaucoup trop souvent des personnes me contacter car elles ont peur de retourner sur le marché du travail. Insultes, dénigrements, esclavagisme moderne, ladi lafé (c’est une expression à La Réunion qui grosso modo met en avant le ragot), “blagues” limite limite, voir totalement dépassées, attouchements, menaces, … bref toutes ces choses se passent en entreprise, et c’est mon quotidien de les entendre.

J’entends souvent parler, notamment dans les médias, ou encore dans les institutions spécialisées dans l’insertion professionnelle, de ces personnes fainéantes, qui profitent du système. Nous pouvons lire pleins d’articles sur cette plaie des personnes en recherches d’emploi longue durée.

Mais parlons-nous assez de la responsabilité des entreprises dans ce taux de désinsertion sociale et professionnelle?

Parce que oui, une personne qui vit des violences au travail (Oui, des comportements au travail peuvent être violents), c’est une personne qui potentiellement ne saura pas faire autrement qu’éviter les situations qui pourraient lui faire revivre le traumatisme qu’elle a vécu.

J’accompagne des personnes qui n’osent même plus aller dans la rue où se trouve l’entreprise. Alors imaginez l’état dans lequel peut être cette personne lorsqu’on lui parle d’entretien d’embauche.

Je ne suis pas en train de juger, car heureusement, beaucoup de ces comportements, qui peuvent sembler futile, ne naissent pas d’un désir conscient de blesser ou de faire mal. Et je suis convaincue qu’une majorité de personne ne se rendent même pas compte des dégâts que cela peut causer.

J’écris cet article pour poser des faits, et aider un maximum de personne à conscientiser ses comportements pour faciliter les échanges au travail et le réinventer afin de le rendre optimal pour les individus, les organisations et le monde.

En bonus : un auto-diagnostic

Je vous propose de vous questionner en cliquant ICI ou sur l’image.

Analyse des agissements sexistes et du harcèlement moral : De quoi parle t-on ?

Qu’est-ce que le sexisme, les comportements hostiles et le harcèlement au travail ?

Agissements sexistes : Le sexisme au travail peut se manifester sous diverses formes, allant des blagues inappropriées et commentaires désobligeants sur le sexe ou l’orientation sexuelle d’une personne, à des pratiques discriminatoires dans les décisions d’embauche, de rémunération ou de promotion.

Comportements hostiles / inappropriés : Un comportement hostile est fait dans l’intention de nuire à une personne. Il n’est pas nécessaire qu’une personne exprime ouvertement son désaccord lors de comportements ou propos pour identifier qu’il n’est pas désiré ou acceptable.

Harcèlement moral et sexuel : Le harcèlement moral au travail se caractérise par des agissements répétés qui ont pour but ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité de la personne, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Le harcèlement sexuel inclut, quant à lui, tout acte sexuel, ou tentative de procéder à un acte sexuel, des commentaires à connotation sexuelle ou un comportement visant à sexualiser l’environnement de travail.

Enquête INRS
Source : enquête SUMER 2017, voir la publication de l’INRS (ce chiffre était de 35% en 2013)

Cadre légal contre le sexisme et le harcèlement au travail

Les questions d’agissements sexistes, de harcèlement et d’agression sexuelle sont encadrées par la loi afin de garantir un cadre. Mais, n’oublions pas qu’au delà d’obligations légales, c’est avant tout une obligation morale et sociétale de se sensibiliser au sujet et d’y porter une réelle préoccupation.

De la prise de conscience à l’action : Transformer les milieux professionnels

Conscientiser nos comportements

Le plus difficile est de se rendre compte. En effet, nous intériorisons et banalisons beaucoup d’informations, de croyances et fonctionnement. Et heureusement ! Je le dis souvent, notre cerveau est fainéant, il va au plus vite. C’est grâce à cela que nous pouvons respirer, marcher, faire des lacets, fermer une chemise, … sans vraiment y réfléchir. Ce sont des automatismes, car ce sont des habitudes, issues d’apprentissage (et un peu de biologie, ou d’épigénétique).

Sauf que parfois, ces habitudes nous font faire, nous font dire ou nous font réagir d’une manière tout aussi inconsciente et peuvent nous limiter ou heurter, sans même que l’on s’en aperçoive.

processus d'individuation
Conscientiser nos comportements, nos pensées, nos émotions est, de mon point de vue, la chose la plus difficile à faire mais c’est les 3/4 du chemin. Le quart qui reste est le plus long : transformer.

Attention, l’idée de transformer n’est liée qu’aux situations qui ne nous garantissent pas un bien-être et de la joie. Bien évidemment si tout va bien dans ma vie et que je me sens aligné/alignée à ce que je suis, sans que rien ne m’impacte, aucun intérêt à vouloir changer quoi que ce soit. N’allons pas chercher des problèmes où il n’y en a pas.

Néanmoins, qui peut se vanter de ne jamais être en colère ? triste ? embêté ou froissé ?

Notre responsabilité dans le mieux être au travail

Ne sommes-nous donc pas responsable tous et toutes d’un mieux être ou d’un mal-être au travail ? Qu’il soit des autres et de soi ?

Il est primordial d’agir sur les conditions de travail pour optimiser une qualité de vie au travail. Mais n’oublions pas que les organisations de travail sont constituées d’êtres humains qui impulsent le cadre du travail et son organisation.

Si nous réfléchissions collectivement à la manière de prendre soin des humains au sein des organisations, de prendre soin de l’environnement et de fixer des limites afin de distribuer les surplus, pour justement éviter la détérioration quasi automatique des conditions de travail, le monde dans sa globalité, ne se porterait-il pas mieux ?

Comprendre et partager l'ambition du modèle permaentreprise
Comprendre et partager l’ambition du modèle permaentreprise – dessins extrait du live « permaentreprise » de Sylvain Beuzard

Stratégies proactives de prévention du harcèlement et du sexisme : Comment agir différemment ?

Politique de tolérance zéro

Établir une politique claire et ferme qui définit les comportements inacceptables et les conséquences de tels actes :

  • Rappeler les règles en vigueur dans l’entreprise.
  • Faire connaître les sanctions disciplinaires encourues.

Réduire les déséquilibres de genre

  • Tendre vers une mixité de genre dans les différents métiers ou postes de l’entreprise.
  • Se doter de mesures structurelles d’égalité professionnelle femmes/hommes.
  • Mettre en avant aussi bien les réussites des hommes que des femmes.
  • Éviter les « dress codes » genrés imposés.
  • Faciliter aussi bien pour les femmes que pour les hommes la conciliation travail et vie familiale.
  • Combattre l’instauration ou le maintien d’une culture « virile » (par exemple les femmes qui préparent le café pour la réunion).

Cultiver un climat de coopération plutôt que de compétition

  • Éviter de créer des situations de compétition entre les salariés afin de ne pas inciter à des comportements d’intimidation pour neutraliser les collègues.
  • Avoir des procédures de reconnaissance transparentes et équitables.
  • Favoriser les relations d’entraide.
  • Valoriser les réalisations collectives.

Formation et sensibilisation aux agissements sexistes et comportements hostiles

Organiser des sessions de formation régulières pour tous les employés, y compris le management, afin de sensibiliser sur les enjeux du sexisme et du harcèlement.

Canaux de communication sécurisés

Mettre en place des mécanismes permettant aux victimes ou témoins de rapporter les incidents en toute confidentialité et sécurité.

Interventions efficaces en cas d’incidents de harcèlement

  1. Écoute et soutien : Offrir un soutien psychologique aux victimes et assurer une prise en charge respectueuse et empathique.
  2. Enquête approfondie : Mener une enquête rapide et approfondie pour clarifier les faits et prendre les mesures appropriées.
  3. Mesures correctives : Appliquer les sanctions prévues par la politique de l’entreprise et, si nécessaire, revoir les pratiques et les procédures pour éviter de futurs incidents.

En bref : un appel à l’engagement et à la transformation organisationnelle

Cet article explore les impacts profonds des agissements sexistes, des comportements inappropriés (hostiles) et du harcèlement moral et sexuel sur les individus et les organisations.

Ces comportements nuisibles compromettent non seulement la santé mentale et physique des salariés mais affectent également la productivité et l’image des entreprises. En plus des coûts immédiats liés à la baisse de motivation et aux litiges légaux, le sexisme et le harcèlement contribuent à la désinsertion sociale et professionnelle, dissuadant de nombreuses victimes de réintégrer le marché du travail.

L’article met en lumière la nécessité pour les entreprises de prendre conscience de ces problématiques et d’agir de manière proactive. Les stratégies recommandées incluent l’instauration de politiques de tolérance zéro, la formation régulière des employés, la mise en place de canaux de communication sécurisés, et des interventions rapides et empathiques en cas d’incident.

Les agissements sexistes, les comportements hostiles et le harcèlement moral et sexuel au travail sont des fléaux qui nécessitent une prise de conscience collective et un engagement actif de la part des leaders d’entreprise et des collectifs. En tant que psychologue du travail, mon rôle est crucial pour aider à identifier, prévenir, et traiter ces problèmes, tout en soutenant les victimes dans leur rétablissement et leur retour à une vie professionnelle saine.

Engageons-nous à créer un environnement de travail plus sain et plus respectueux pour tous. Le monde du travail doit être source d’inspiration et d’épanouissement, et non un instrument de torture.

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Cette publication a un commentaire

  1. Régis Escamilla

    Sujet très actuel malheureusement. Très bien écrit. Très clair et inspirant pour une conscientisation des effets à court moyen et long terme sur les individus. Il faut libérer la parole et prendre en compte le process de victimisation en rassurant les personnes qu’elles n’ont en rien provoquer les choses qu’elles subissent. Bravo Sarah

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